Les bien-pensants se déchaînent !



Michel Onfray



Il ne fallait rien de plus que l’apparition de Michel Onfray au sommaire d’Eléments pour que l’intelligentsia française se déchaîne et montre à quel point l’intelligence est précisément ce qui lui manque pour être à la hauteur de son rang. Le paradoxe de la situation, c’est qu’une bonne partie de la presse hexagonale tombe ainsi sur un philosophe à l’occasion d’une intervention pourtant très nuancée de celui-ci dans la revue de ce qu’on appelle bien à tort la «Nouvelle Droite». Preuve s’il en est que les symboles et les étiquettes préfabriquées comptent davantage aux yeux des gens de médias que le contenu des discours, qu’ils n’ont souvent pas lus, ou qu’ils interprètent avec des œillères affligeantes, qui confinent franchement à la mauvaise foi.

Onfray se trouve de la sorte accusé d’une somme invraisemblable de crimes idéologiques. Selon Yvan Najiels, de Mediapart, «Ce n'est même pas le peuple "old school" qui motive Onfray, c'est, comme pour Morano, ce qu'il pense être la nature bio-ethnique de la France...» La «nature bio-ethnique de la France»? On croit rêver, alors que précisément Onfray défend explicitement dans Eléments un enracinement local dénué de tout esprit nationaliste, et s’en réfère plutôt aux bienfaits de la solidarité de proximité face à un monde globalisé, anonyme et impersonnel, voué à l’égoïsme consumériste d’une société rongée par le cancer capitaliste !

Les libéraux (y compris les libéraux de gauche, ou d’extrême gauche) sentent les digues de leur suprématie médiatique vaciller de toutes parts et s’en remettent à la bêtise la plus crasse pour tenter de préserver leur rang de plus en plus contesté au sein du paysage culturel contemporain.

C’est dans le même esprit qu’il faut interpréter les diatribes de Kevin Poireault, des Inrocks, qui définit la ligne idéologique d’Eléments en ces termes: «Ce mouvement iconoclaste adossé au Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE), avec Alain de Benoist et Michel Thibault en tête, ne se reconnait pas dans l’extrême-droite traditionnelle et prône à la fois le nationalisme, l’anti-américanisme, l’antilibéralisme, le paganisme et l’écologie.» Cette description ne sombrerait pas dans le ridicule le plus complet si monsieur Poireault savait qu’Alain de Benoist a toujours défendu un fédéralisme radical, d’inspiration proudhonienne, au même titre d’ailleurs que Michel Onfray, partisan d’une opposition anarchiste aux diktats de l’Etat. Dans le genre nationaliste, on fait mieux !

Les repères politiques les plus élémentaires font défaut à ces journalistes, qui n’ont d’intellectuels que le nom. Voilà en tout cas qui ne fait que confirmer le diagnostic sévère porté par Michel Onfray sur l’état de la France dans Eléments: notre époque est en effet vouée aux tartuffes qui se disent de gauche, mais ne sont en définitive rien de plus que des soldats dociles au service de l’ultralibéralisme le plus aveugle.


Thibault ISABEL,
Rédacteur en chef de Krisis