Une fin du monde sans importance, Xavier Eman - éditions KRISIS


Xavier Eman Eléments Krisis


Les lecteurs d’Éléments connaissent bien Xavier Eman, il y tient depuis début 2012 le feuilleton de notre apocalypse molle : la « Chronique d’une fin du monde sans importance ». Les éditions Krisis en ont réuni la quintessence, assortis d’un choix de billets inédits, du moins pour ceux qui ne lisent pas son blog «A moy que chault», le tout préfacé par un François Bousquet enthousiaste. C’est à la fois cru et cruel, corrosif et triste, comique et désespérant. Mais pas seulement, nous confie Xavier Eman… 


Éléments : Te souviens-tu la première fois que tu as éprouvé la nécessité de coucher sur papier les aventures de François ?
Xavier Eman. J’ai toujours tenu des sortes de « journaux » où je retranscrivais les conversations improbables entendues à la terrasse des cafés ou les saynètes tragi-comiques observées au cours d’une soirée. Lorsque s’est développée la mode des « blogs », j’ai décidé de les mettre en ligne en cherchant un fil conducteur pour donner une cohérence au tout. Ce fut le personnage de François. Ses non-aventures ayant intéressées quelques personnes, j’ai continué, sous des formes diverses… et notamment dans Éléments.


Éléments : Pourquoi décrire la vie de cet être vide, qu’on imagine aussi moche physiquement que moralement ? Te semble-t-elle représentative d’une génération désenchantée et perdue, inapte à la vie, enfermée dans une négativité sans issue ?
Xavier Eman. Je ne crois pas que « François » soit aussi abject que cela. C’est un être médiocre plongé dans une époque qui l’est encore plus et qui le tire vers le bas. C’est peut-être d’ailleurs ce deuxième aspect qui est le plus tragique. Je crois à une certaine permanence de la nature humaine et donc aucunement à un hypothétique « âge d’or » passé, mais il me semble que notre époque n’offre plus aucune des structures sociales (famille, communautés locales, syndicats, partis…) et des cadres spirituels et moraux (patrie, religion, culture…) qui permettaient jadis à l’homme d’échapper – relativement – à ses déterminismes et à s’élever – au moins un peu – au-dessus de sa condition. On a laissé l’homme libre – et seul – devant sa nullité. Et « François » se débat donc comme il peut dans cette situation. François n’est pas un archétype parce qu’il est lucide sur lui-même alors que la grande majorité de ceux qui vivent comme lui n’en sont pas conscients.


Éléments : Dans sa préface, François Bousquet écrit que ton héros a des airs de Droopy, « rien de tel que son “I’m happy” las et éthylique pour plomber l’ambiance dans les soirées d’Homo Festivus ». Sommes-nous tombés si bas que Droopy devienne un personnage révolutionnaire ?
Xavier Eman. « François » est en effet à mi-chemin entre Droopy et Calimero… Mais il n’est pas que ça. Bien sûr, ce n’est pas un personnage « révolutionnaire », ne serait-ce parce qu’il n’a aucune alternative à proposer. Mais c’est d’une certaine façon un « rebelle », car il refuse le monde tel qu’il est, il ne veut pas se confondre avec les zombies souriants qui prennent quotidiennement leur dose de « soma » pour y vivre sans penser. Mais il n’a ni les instruments ni l’énergie de sa « rébellion », ce qui en fait un personnage à la fois pathétique et tragique.


Éléments : Autre dimension importante de ta radioscopie des nouveaux comportements citadins : la dérision. On a l’impression que tes personnages sont voués aux simulacres…
Xavier Eman. L’artificialisation des existences modernes me semble être une absolue évidence. Nous sommes au temps de la mise en scène permanente du soi (donc du vide). On ne cherche plus à vivre mais à médiatiser son existence. C’est la « télé-réalité pour tous ». Facebook est bien évidemment le principal outil et le vecteur majeur de cette tendance… Pas un repas, pas une soirée, pas une spectacle sans prise de photos et de « selfies » mis en ligne immédiatement dans le but d’obtenir des « like » et des « commentaires »… Même le sexe est désormais soumis à cet impératif avec la mode des « sex tapes » qui sont devenus des objets de promotion et des accélérateurs de carrière… Et tous les milieux sont touchés…
Propos recueillis par Pascal Eysseric (extrait de l'entretien Éléments n°162)


Xavier Eman, Une fin du monde sans importance, Krisis, 215 p., 16  €



 Cruelles chroniques, par Georges Feltin-Tracol 


Villiers de l’Isle-Adam publia en 1883 ses Contes cruels. Est récemment paru un ensemble de chroniques intitulé Une fin du monde sans importance par Xavier Eman. Le rédacteur en chef de Livr’arbitres et du site de réinformation francilien ParisVox y dépeint en de brèves pages des scènes de vie courantes en milieu urbain. Avec un sens aigu, fielleux et sardonique, Xavier Eman relate sous forme fictionnelle un quotidien post-moderniste, hyper-aliéné et ultra-individualiste assez désespérant. Comme le remarque en préface François Bousquet, « le lecteur va ainsi de couples mal assortis en scènes de ménage sur fond d’incompréhension. Moralité : les gens parlent une langue étrangère les uns aux autres. Dans cet univers numérisé, l’incommunicabilité progresse selon un gradient digitalisé. Plus on communique par écran interposé, moins on se comprend; plus on est connecté, plus on est séparé (pp. 9 – 10) ».

Xavier Eman est particulièrement redoutable quand il grossit tous les travers comportementaux du bobo parisien (ou bordelais ou lyonnais… Peu importe, l’espèce est partout semblable). Au dîner huppé très classes moyennes supérieures métropolitaines, les « invités arboraient des têtes de cons ordinaires et paraissaient faire de violents efforts intellectuels pour tenter de trouver des sujets de conversation… (p. 14) » C’est fou comment les probables électeurs du libéral-libertaire progressiste Emmanuel Macron (qui se détournent du libéral-conservateur Fillon considéré avant même le « Pénélopegate » comme trop chrétien, trop provincial et trop proche de l’affreux Poutine) sont aisément détectables. Les jeunes cadres super-dynamiques qui manient avec automatisme le kilo-euro et qui s’identifient presque à l’ancien ministre de l’Économie (embaumeur des forces vives aurait été plus juste), aiment porter « au poignet une Vacheron Constantin flambant neuve (la Rolex, c’est pour les ploucs qui n’ont qu’à moitié réussi leur vie) (p. 25) ».

Xavier Eman

L’auteur effectue des observations empiriques régulières plus entomologiques que sociologiques d’ailleurs. En effet, « on ne vient pas à bout d’une armée de sourires béats, de cœurs généreux, de bras ouverts, de danseurs fraternels, de clowns humanistes, de bisous multicolores, de marcheurs blancs, de rondes silencieuses, de cheveux fleuris, de pianistes johnlennonesques, de pétitionnaires indignés, de ballons gonflables et de chapeaux-crayons… (p. 66) » Toute une faune joue aux héros, mais détale au premier pétard éclaté. Certes, face à l’horreur absurde de la folle marche du monde, « les gentils […] avaient à défendre un mode de vie à la fois fun et raisonnable pour lequel ils étaient prêts à vider des bouteilles et à allumer des bougies (pp. 66 – 67) ». Ces abrutis ont éliminé tout sens du tragique si bien qu’ils se le prennent de plus en plus souvent en pleine figure. Tant mieux !

Il faut reconnaître que ces congénères dégénérés préfèrent subir les oukases des féministes, en particulier de la merveilleuse association citoyenne « Osez le cuni ! » dont les militantes convaincues dénoncent les clients des prostituées pour mieux s’ouvrir aux questions migratoires. « Nos frères du néo-prolétariat en état de mouvance n’est pas besoin d’user de violence pour accéder à notre intimité charnelle, arme consciente et généreuse d’intégration massive ! Nos orifices accueillants sont autant de nobles fêlures dans le mur de haine et de rejet que tentent de construire le Front national et ses affidés ! (p. 70) » Et la satire de se poursuivre sur 68 chapitres (et pourquoi pas 69 ?).

Une fin du monde sans importance fait irrésistiblement penser à 70 contes rapides (1989) du journaliste Marc Dem. Comme son lointain successeur, Marc Dem décrivait déjà une société française bien malade et se montrait visionnaire. L’auteur démontre que le mal a empiré au point que le pourrissement tend vers un néant total très au-delà du nihilisme. Nous vivons l’apogée de L’ère du vide prédite dès 1989 par Gilles Lipovetsky. Grâce à Xavier Eman, l’ironie sociologique grinçante est néanmoins de retour. Alléluia !

Georges Feltin-Tracol

• Xavier Eman, Une fin du monde sans importance. Chroniques, préface de François Bousquet, Éditions Krisis, coll. « La hussarde », 2016, 226 p., 16 €.






 Culture en libertés : émission du 21 février d'Anne Brasié avec Xavier Eman 



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Xavier Eman livre
Emission de radio à réécouter ci-dessous


Entretien avec un observateur avisé et sans indulgence de notre époque, Xavier Eman. Si ses chroniques parues chez Krisis sont un (bon) prétexte pour l’inviter, le propos de l’émission ira bien au delà. Attention, tout le monde en prend pour son grade, grand ou petit…


A la barre Monsieur PGL et à la technique JLR








 Présentation générale 



Xavier Eman Eléments Krisis
Pas de doute : le monde moderne est absurde, maussade, désenchanté. Il ressemble à un chapitre de

Michel Houellebecq réécrit par Philippe Muray. Tellement las et désenchanté que même sa progressive disparition ne suscite aucune réaction. Lente euthanasie volontaire pour une humanité fatiguée. C’est cette apocalypse désespérément molle qu’aborde Xavier Eman dans les chroniques, à la fois drôles et grinçantes, réunies ici. Le ton est corrosif, le tableau réaliste, l’humour irrésistible.
Mais, malgré tout, François, l’anti héros récurrent des textes rassemblés dans ce volume, résiste. À sa façon. Malgré lui, parfois. Malgré les éléments contraires. Malgré le cynisme et les déconvenues. Malgré la dérision.
Des couloirs du métro aux terrasses des cafés en passant par l’intimité des alcôves et des lambris des appartements parisiens, décrire le monde tel qu’il ne va pas, non pas pour s’en repaître, mais pour le secouer et déchirer le voile des faux semblants qui en obture le sens et les issues. Et laisser filtrer un filet de lumière, promesse d’un idéal de vie bonne. 

A 39 ans, Xavier Eman, journaliste indépendant, est rédacteur en chef de Livr’Arbitres et chroniqueur à Éléments. Une fin du monde sans importance est son premier recueil.

L'ouvrage est en vente 16 euros sur les sites Krisis Diffusion et Revue Eléments

Xavier Eman, Une fin du monde sans importance
Collection La hussarde, préface François Bousquet.
Éditions Krisis, 16 euros.
ISBN : 97829169161329
Auteur : EMAN (Xavier)
Editeur : KRISIS (EDITIONS)
Collection: La hussarde
Préface: François Bousquet
Nb Pages : 226
Présentation : Broché
Prix de vente: 16 euros TTC
Publication : Paris : Éditions Krisis, DL 2016
Impression : 93-La Plaine-Saint-Denis : ISI print
Description matérielle : 1 vol. (222 p.) ; 21 cm
Numéros : ISBN 978-2-916916-13-2 (br.) : 16 EUR
EAN 9782916916132
Notice BnF n° :  FRBNF45151958
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 Chronique littéraire : Une fin du monde sans importance 


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Xavier Eman, Une fin du monde sans importance
(Editions Krisis, 2016)

Pour dépeindre l'esprit de notre époque, les chroniques de Xavier Eman n'ont pas leur pareil. Après avoir écrit plusieurs dizaines (voire centaines) de ces chroniques originales prenant la forme de nouvelles, courts récits et autres réflexions, l'auteur publie enfin son premier recueil. Une fin du monde sans importance nous permet ainsi de retrouver une bonne soixantaine de ses textes, extraits d'Eléments ou de son blog A moy que chault.
Servies par une plume acerbe et un style d'écriture agréable, les chroniques de Xavier Eman témoignent d'un esprit aiguisé qui scrute le monde actuel avec amertume et réalisme. Pour cela, l'auteur utilise les scènes simples du quotidien, que ce soit une conversation avec les collègues de travail ou une visite au supermarché du coin. Le constat y est clair : le monde moderne est mou, petit, décrépi, minable même. L'obsession du paraître qui y règne n'a d'égal que le vide abyssal de ce qu'il a à proposer aux gens. C'est d'ailleurs ceux-ci, les gens qui nous entourent, les gens d'aujourd'hui, qui sont le principal sujet des réflexions et constatations de Xavier Eman. On pourrait même se demander si notre époque est comme elle l'est est à cause des gens ou si ceux-ci sont comme ça à cause d'elle...
Dans la plupart des chroniques, nous suivons le personnage de François, sorte d'anti-héros catalogué par ses contemporains comme « intello, réservé, assez laid, maladroit et taiseux ». Ajoutez-y un soupçon de cynisme et de méchanceté et vous y êtes ! C'est par les yeux et l'esprit de François que notre époque se voit analysée. Tous ses totems (le travail, la consommation, les loisirs, les petites habitudes...) sont mis à mal par l'ironie et la clairvoyance de François. Sorte de fataliste actif, il se débat, désabusé, entre les gens qu'il croise et côtoie au quotidien... Et que cette galerie de personnages emblématiques de notre temps est savoureuse ! Rebelles du dimanche, bourgeois suffisants, femmes modernes, couples et familles merdiques, tout le monde en prend pour son grade. François (l'auteur?) lui-même est traité à la même enseigne : il est loin d'être parfait, le sait et l'assume. Il constate la décrépitude d'une bonne partie de ce qui l'entoure mais a quand même la volonté d'évoluer... quand il ne s'enferme pas dans cet alcool-refuge qui lui paraît souvent être la seule manière de s'échapper de son environnement immédiat.
Ce qui est plaisant avec Xavier Eman, c'est que le lecteur peut se retrouver lui aussi piqué par une tirade assassine ou un trait d'esprit humoristique. Sommes-nous aussi parfaits que nous le pensons ? Sommes-nous vraiment ceux que nous disons être ? Vivons-nous en accord avec nos principes, avec nos valeurs ? Evitons-nous la facilité ? Avant de critiquer les autres, regardons-nous dans un miroir. Ce renvoi à certaines de nos imperfections est salvateur car il mène ceux qui veulent évoluer et grandir, ceux qui, surtout, en ont la volonté (un terme qui n'a jamais paru si inactuel) au chemin exigeant de la verticalité.


 Entretien avec Xavier Eman pour le journal Présent 


Xavier Eman, journaliste indépendant, rédacteur en chef de Livr'Arbitres, vient de publier son premier livre : Une Fin du monde sans importance (éd. Krisis). Cet ouvrage compile les chroniques de l'auteur parues dans la revue Éléments et sur son blog A moy que chault. Dans un style drôle et grinçant, on y suit les aventures d'un anti-héros, François, se débattant et résistant, parfois malgré lui, dans un monde moderne, absurde et sans âme.

– Cette « fin du monde » est-elle inéluctable ?
Peu d’événements sont totalement inéluctables mais il faut reconnaître que la situation paraît fort mal engagée … Je pense qu’il n’y a en effet plus grand-chose à sauver, que la maladie est trop avancée, le corps trop rongé… Nous ne sommes plus au temps de la « conservation », ou même de la « restauration »… Il faut penser et inventer un « nouveau monde ». Pas « ex nihilo » bien sûr, comme dans les utopies gauchistes, mais conformément à notre génie français et européen, un nouveau monde à la fois radicalement différent de celui qui est en train de crever et fidèle à notre plus longue mémoire et nos valeurs chrétiennes… C’est un sacré pari, d’une ambition extraordinaire, mais il me semble aujourd’hui beaucoup moins utopique que de vouloir encore sauver quelques meubles branlants dans une maison fissurée de partout.

– La vie de François, votre anti-héros, vous semble-t-elle représentative de celle de ses contemporains ?
De beaucoup d’entre eux, hélas oui. Avec la petite différence que « François », lui, est assez lucide sur l’inanité de sa condition et la vacuité du monde moderne, ce qui n’est pas le cas pour la plupart des zombies ou apprentis zombies qui peuplent notre époque. Il y a fort heureusement des exceptions, mais il faut cependant reconnaître que les « hommes différenciés » se font tragiquement rares... Le rouleau compresseur du mondialo-consurémisme et du divertissement/abêtissement télévisuel s’est révélé d’une redoutable efficacité.

– Que répondez-vous à ceux qui vous rangent dans la catégorie des cyniques ?
Je pense davantage me placer dans la catégorie des réalistes que celle des cyniques. Le cynique jauge de haut, d’un regard extérieur et condescendant, une situation dont il se plaît à ricaner. Pour ma part, je me place au cœur de la critique que je porte sur nos temps obscurs, je ne m’en exempt nullement, bien au contraire. Je crois que nous sommes tous, à des degrés divers, touchés par les maux de l’époque, et que beaucoup, consciemment ou inconsciemment, derrière le masque de « festivus », en souffrent… Je fais partie des gens qui vivent douloureusement cette « fin du monde » et de ce fait, si j’évoque les travers et les ridicules du temps, c’est pour les dénoncer et les combattre, pas pour m’y repaître.

– Essayons de terminer cet entretien avec une note d'espérance...
Vous savez, je ne pense pas que tenter de dire ou de décrire la vérité soit particulièrement « désespérant ». Pour affronter une situation, il faut d’abord poser un diagnostic le plus juste et le plus précis possible, si amer ou pénible soit-il. Je pense qu’on désespère beaucoup plus aisément les gens, et notamment les militants politiques, en les berçant de rêves et d’illusions et en leur masquant l’âpreté et la complexité du réel. Les constats sans fard et le pessimisme qu’ils peuvent engendrer ne doivent évidemment pas être des motifs de démission ou des justifications de l’aboulie, mais au contraire des armes affutées pour affronter nos ennemis et leurs complices. Demain nous appartient ! Mais demain ne sera pas une copie d’hier. Il sera le fruit de notre révolution, intérieure puis collective.

Propos recueillis par Louis Loprhelin pour Présent




 JAD MAG' mars-avril 2017 Journal d'Actualité et de Découverte d'Orléans 



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